On vient souvent à Nice pour la mer et la lumière, et l'on repart surpris par tout le reste. Car derrière la Promenade se cache une vraie ville d'art : une douzaine de musées, des chapelles baroques tapies au fond des ruelles, des palais d'hiver bâtis pour les rois et les tsars, des collines d'où la baie se découvre d'un seul regard, et de grands jardins où respirer.
Je vis ici toute l'année et je connais ces lieux à force d'y revenir, souvent hors saison, quand la lumière est la plus belle. Pour chacun, je vous dis ce qu'il faut voir, l'histoire qui s'y attache et le bon moment pour y aller. À la fin, je vous confie même deux endroits que la plupart des visiteurs ne soupçonnent pas.
Les musées : Matisse, Chagall et toute une ville de peintres
Si tant d'artistes sont venus s'installer ici, c'est d'abord pour la lumière. Matisse y a vécu près de quarante ans, Chagall y a passé ses dernières décennies, Dufy et Niki de Saint Phalle y ont laissé leur empreinte. Résultat : pour une ville de sa taille, Nice possède une densité de musées rare, et la plupart tiennent dans un mouchoir de poche, à Cimiez ou au centre.
Le musée Matisse
À Cimiez, dans une villa génoise du XVIIᵉ siècle d'un beau rouge ocre, posée au milieu d'une oliveraie, le musée Matisse retrace toute la carrière de l'artiste, de ses premières toiles à ses fameux papiers découpés. Matisse a habité juste à côté, à l'hôtel Regina, et il repose un peu plus haut, dans le cimetière du monastère. C'est mon musée du matin : on flâne ensuite sous les oliviers, quand la colline est encore fraîche.
Le musée national Marc-Chagall
Quelques centaines de mètres plus bas, ce musée a été conçu sur mesure, avec l'artiste, pour accueillir son « Message Biblique » : dix-sept grandes toiles aux bleus et aux rouges profonds, complétées d'un auditorium aux vitraux magnifiques. C'est l'un des plus beaux musées de la ville, et le seul grand musée niçois qui ne soit pas municipal mais national. Il faut donc un billet à part.
Le musée Masséna, les Beaux-Arts… et le MAMAC en travaux
Sur la Promenade, le musée Masséna, villa Belle Époque posée dans son jardin, raconte l'histoire de Nice et de la Riviera : c'est ma première recommandation au centre-ville. Ajoutez le musée des Beaux-Arts Jules Chéret, installé dans une demeure de 1878 à l'escalier de marbre, et le palais Lascaris, dans le Vieux-Nice, dont je vous ai déjà parlé. Quant au MAMAC, le grand musée d'art moderne qui raconte l'« École de Nice » et le Nouveau Réalisme · Yves Klein et ses bleus, Arman, César, Niki de Saint Phalle · il est fermé pour rénovation jusque vers 2028 : sa collection voyage « hors les murs » et ses quatre tours de marbre se contemplent de l'extérieur, au bout de la coulée verte.
Côté budget, une précision utile : les musées municipaux sont gratuits pour les habitants de la métropole et pour les moins de 18 ans, et pour tout le monde le premier dimanche de chaque mois. Si vous êtes de passage et comptez en visiter plusieurs, le Pass Musées à 15 euros donne accès à l'ensemble des musées municipaux pendant 4 jours : c'est vite rentabilisé. Seul le musée Chagall, national, reste en dehors de ce pass. Dernier réflexe : vérifiez les jours de fermeture, ils diffèrent selon les maisons · le lundi pour les Beaux-Arts, le mardi pour Matisse, Masséna et le palais Lascaris, ainsi que pour le musée Chagall.
Les églises et les monuments religieux
Le monument qui surprend le plus les visiteurs n'est pas au bord de la mer, mais dans un quartier résidentiel, à deux pas de la gare. La cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas, avec ses bulbes colorés et ses briques roses, est la plus grande église russe hors de Russie. Son histoire est romanesque : en 1865, le tsarévitch Nicolas, héritier du trône, meurt à Nice à vingt et un ans. Sa famille fait élever une chapelle à l'endroit de la villa où il s'est éteint, puis, des années plus tard, le tsar Nicolas II finance cette immense cathédrale, consacrée en 1912. À l'intérieur, les icônes et les boiseries valent le coup d'œil.
Le baroque du Vieux-Nice
Dans la vieille ville, l'héritage italien éclate dans les églises. Sur la place Rossetti, la cathédrale Sainte-Réparate, dédiée à la jeune patronne de la ville, dresse son dôme de tuiles vernissées. Une légende raconte que son corps fut ramené jusqu'ici par la mer dans une barque escortée par des anges, ce qui aurait donné son nom à la Baie des Anges. Mais ma préférée se cache cours Saleya, derrière le marché aux fleurs : la chapelle de la Miséricorde, petit joyau baroque dont l'intérieur, tout en dorures et en trompe-l'œil, coupe le souffle. Juste à côté, l'église du Gesù offre le décor le plus exubérant de la ville.
Plus loin du centre
Sur l'avenue Jean Médecin, la grande basilique Notre-Dame, néo-gothique et flanquée de deux tours, est la plus vaste église de Nice. Et à Cimiez, le monastère franciscain mérite la montée autant pour son église que pour ses jardins en terrasses : c'est là, dans le petit cimetière, que reposent Matisse et le peintre Raoul Dufy, face à la mer.
La Belle Époque et les palais d'hiver
Pour comprendre l'architecture de Nice, il faut se souvenir d'une époque : la fin du XIXᵉ siècle et le début du XXᵉ, quand l'aristocratie russe, la haute société anglaise et l'Europe entière venaient passer l'hiver au soleil. La villégiature d'hiver a façonné des avenues entières de villas, d'hôtels et de palaces, au point que ce patrimoine a valu à Nice d'être inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021. Le conseil le plus simple que je donne : levez les yeux. Les plus belles façades sont au-dessus des vitrines.
Le Negresco et le Palais de la Méditerranée
Sur la Promenade, impossible de manquer le Negresco et sa célèbre coupole rose. Ouvert en 1912, ce palace est devenu le symbole de la ville et il est aujourd'hui classé monument historique. Même sans y loger, on peut jeter un œil à son hall et à son extraordinaire lustre de cristal. Un peu plus loin, le Palais de la Méditerranée aligne sa façade Art déco de 1929 : son casino était l'un des plus courus d'Europe, et lorsqu'on a voulu le démolir dans les années 1980, c'est cette façade que l'on a sauvée.
Le Regina, à Cimiez
Mais le plus impressionnant des palais d'hiver se trouve sur les hauteurs de Cimiez : l'Excelsior Regina, immense vaisseau blanc construit en 1897 pour accueillir la reine Victoria et sa cour. La souveraine y passait ses hivers ; sa statue veille d'ailleurs un peu plus bas. Aujourd'hui transformé en appartements (Matisse y eut son atelier), il ne se visite pas, mais sa façade monumentale se contemple depuis le jardin.
La visite
Et si je vous racontais tout ça en marchant ?
Les musées et les façades prennent une autre dimension quand quelqu'un vous raconte ce qu'il y a derrière. Lors de ma visite privée à pied, on relie le Vieux-Nice, ses chapelles baroques et la colline du Château, à votre rythme et en français.
Réserver ma visite →Les plus beaux panoramas
À Nice, les plus belles vues ne se paient pas, elles se méritent à pied. La plus célèbre est celle de la colline du Château, au bout du Vieux-Nice : il n'y a plus de château depuis longtemps, mais du belvédère, on embrasse d'un seul regard les toits rouges de la vieille ville d'un côté et toute la Baie des Anges de l'autre. On y monte par l'escalier ou par un petit ascenseur gratuit, et l'on y trouve même une cascade. Juste en dessous, la tour Bellanda, où séjourna le compositeur Berlioz, offre un autre balcon sur la mer.
Mon panorama préféré, lui, est plus sauvage : le Mont Boron, à l'est du port. En suivant le sentier qui grimpe entre les pins jusqu'au fort du Mont Alban, on découvre Nice et sa baie d'un côté, la rade de Villefranche et le Cap Ferrat de l'autre. C'est ma promenade du dimanche. Pour une vue plus inattendue, les jardins en terrasses du monastère de Cimiez dominent eux aussi la baie. Dans tous les cas, allez-y en fin de journée : la lumière dorée sur les façades n'a pas son pareil.
Les plus beaux parcs et jardins
Au cœur de la ville, là où coulait autrefois le fleuve Paillon et où s'étendait une morne gare routière, Nice a déroulé sa « coulée verte » : la Promenade du Paillon. Inaugurée en 2013, elle relie le quartier des musées à la mer en une longue traversée de pelouses, d'essences méditerranéennes et d'un grand miroir d'eau où les enfants courent entre les jets. C'est devenu le salon de la ville, et le meilleur endroit pour sentir comment vivent les Niçois.
Tout au bout, côté mer, le jardin Albert Ier est le plus ancien de Nice ; on y croise son théâtre de Verdure et le grand arc d'acier de l'artiste Bernar Venet. Pour les amoureux de plantes, le Parc Phoenix, près de l'aéroport, abrite l'une des plus grandes serres d'Europe et un beau musée des Arts asiatiques signé Kenzō Tange. Et pour le calme absolu, rien ne vaut les jardins à la française du monastère de Cimiez, suspendus au-dessus de la baie.
Deux lieux secrets, à l'abri des regards
Voici maintenant deux endroits que je garde souvent pour la fin et que la plupart des visiteurs ne soupçonnent même pas. Tous deux demandent de réserver à l'avance, mais récompensent largement l'effort. Si vous aimez ce genre d'adresses, j'en réunis d'autres dans mes coins hors des sentiers battus.
L'Observatoire de Nice
Sur les hauteurs du Mont Gros, à l'est de la ville, se dresse un monument que presque personne ne va voir : l'Observatoire de la Côte d'Azur. Sa grande coupole blanche a été dessinée par Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris, et sa toiture mobile par Gustave Eiffel en personne. On visite le site et son immense lunette lors de visites guidées, le plus souvent le week-end. Entre les bâtiments du XIXᵉ siècle, les pins et le silence, on a la mer pour soi et l'impression d'avoir trouvé une porte dérobée de la ville.
La crypte archéologique
Plus surprenant encore : juste sous la place Garibaldi, là où passe le tramway, s'étend une vaste crypte archéologique que personne ne devine depuis la rue. En creusant pour le tramway, on a exhumé les anciennes fortifications de Nice, tours, portes et arches médiévales, aujourd'hui mises en lumière. On n'y descend qu'en visite guidée, avec le Centre du Patrimoine de la ville. C'est l'un des secrets les mieux gardés du centre, et l'un de mes endroits favoris pour finir une journée.
Par quoi commencer selon votre temps
Si vous n'avez qu'une demi-journée pour la culture, je commence toujours par Cimiez le matin : le musée Matisse, le monastère et ses jardins, puis le musée Chagall en redescendant. L'après-midi, place au Vieux-Nice et à ses chapelles baroques, avec une pause socca et cuisine niçoise en chemin, avant de finir en haut de la colline du Château pour le coucher du soleil. Pour caler tout ça heure par heure, suivez mon itinéraire d'une journée à Nice.
Avec un jour de plus, ajoutez la cathédrale russe, le musée Masséna et une grande balade dans la Promenade du Paillon. Pensez au premier dimanche du mois si vous tenez aux musées gratuits, et gardez l'Observatoire ou la crypte pour le créneau d'une visite guidée. Vous verrez : à Nice, on croit venir pour la plage, et l'on repart avec des images de palais, de fresques et de panoramas plein la tête. Lire le guide complet pour visiter Nice →