Vers 350 av. J.-C.
Les fondateurs sont des Grecs de Marseille, les Phocéens, et le nom est un programme : Nikaïa vient de Nikè, la victoire, sans doute pour célébrer un succès sur les Ligures qui tenaient les collines. Détail vertigineux : l’homme était là bien avant. Sur le site de Terra Amata, au pied du mont Boron, on a retrouvé des foyers vieux d’environ 400 000 ans, parmi les plus anciens connus d’Europe. Nice était déjà une bonne idée à la préhistoire.
Le grand récit · Nice
2 400 ans d’histoire,
en une frise
De la cité grecque de Nikaïa à Nissa la Bella. Descendez pour remonter le temps : la frise avance, les époques arrivent une à une.
Faites défilerVingt-quatre siècles, une ville
Un comptoir grec, une colonie romaine, près de cinq siècles savoyards, puis la France en 1860 et la villégiature mondiale. Voici comment Nice est devenue Nice, étape par étape, avec quelques grandes figures nées ici. Et derrière chaque date se cache un récit : cliquez sur une étape, je vous raconte l’anecdote que je garde pour mes visites.
Vers 350 av. J.-C.
Les fondateurs sont des Grecs de Marseille, les Phocéens, et le nom est un programme : Nikaïa vient de Nikè, la victoire, sans doute pour célébrer un succès sur les Ligures qui tenaient les collines. Détail vertigineux : l’homme était là bien avant. Sur le site de Terra Amata, au pied du mont Boron, on a retrouvé des foyers vieux d’environ 400 000 ans, parmi les plus anciens connus d’Europe. Nice était déjà une bonne idée à la préhistoire.
Ier au Ve siècle
Cemenelum n’est pas une simple bourgade : Rome en fait la capitale de la province des Alpes-Maritimes. Les arènes pouvaient accueillir plusieurs milliers de spectateurs, et les thermes se visitent encore au milieu des oliviers de Cimiez. Longtemps, la colline a même accueilli les concerts du Nice Jazz Festival : Miles Davis a joué là où transpiraient les Romains. Le musée archéologique, juste à côté, garde le meilleur des fouilles.
Ve au XIVe siècle
Pendant des siècles, la ville vit en deux étages : la cité fortifiée sur le rocher, avec sa cathédrale, et la ville basse qui grandit à ses pieds. Quand vous montez aujourd’hui sur la colline du Château, vous marchez dans les rues effacées de cette ville haute : les fouilles ont dégagé les fondations de l’ancienne cathédrale sous les pins. Et le quadrillage serré du Vieux-Nice actuel, c’est elle, la ville basse médiévale.
1388
Cette année-là, la Provence se déchire dans une guerre de succession. Plutôt que de subir, les Niçois, menés par Jean Grimaldi de Beuil, négocient et se donnent au comte de Savoie Amédée VII, dit le Comte Rouge. On appelle cela la Dédition : un choix, pas une conquête, et les Niçois y tiennent. Elle ouvre près de cinq siècles d’histoire savoyarde puis sarde, tournée vers Turin : c’est là que Nice a pris ce caractère italien qu’on lit encore sur les façades.
1543
L’attaque vient d’une alliance qui scandalise l’Europe : François Ier s’est allié aux Ottomans de Barberousse pour frapper la Savoie. La ville basse tombe, le château tient. C’est là que naît la légende de Catherine Ségurane, la lavandière qui aurait assommé un porte-drapeau turc à coups de battoir avant de narguer l’assaillant. Héroïne réelle ou inventée, peu importe aux Niçois : elle a son monument rue Sincaire et sa fête chaque année.
1706
Après un siège pendant la guerre de Succession d’Espagne, Louis XIV ordonne de raser la citadelle, jugée trop menaçante à sa frontière. Les démolisseurs mettent des mois à faire sauter des siècles de fortifications, et le château ne sera jamais reconstruit. C’est le paradoxe préféré des guides : la colline du Château est le seul endroit de Nice où il n’y a pas de château. À la place, un parc suspendu, une cascade du XIXe siècle et la plus belle vue sur la Baie des Anges.
1758
Fils de commerçants niçois, orphelin jeune, il s’embarque comme mousse avant de devenir soldat. Trente ans plus tard, il est maréchal d’Empire, duc de Rivoli, prince d’Essling, et Napoléon l’appelle « l’enfant chéri de la Victoire ». Nice lui a donné sa place centrale, et la villa construite par son petit-fils sur la Promenade est devenue le musée Masséna, le musée d’histoire de la ville. Pas mal pour un gamin du port.
Années 1760
Le déclencheur est un écrivain écossais, Tobias Smollett, venu soigner ses poumons en 1763. Son récit de voyage vante un hiver doux et lumineux : la bonne société britannique accourt, loue des maisons, plante ses jardins. Nice invente alors un métier qu’elle n’a jamais quitté : accueillir le monde. Smollett a aujourd’hui sa rue près du port, et l’hiver niçois n’a rien perdu de sa lumière.
1807
Le héros de l’unité italienne est un enfant du port de Nice, fils de marin. Toute sa vie, il gardera sa ville au cœur, au point de ne jamais digérer 1860 : il protestera au parlement de Turin contre la cession de Nice à la France. L’histoire a de l’humour : la plus belle place de la ville porte le nom de celui qui ne voulait pas qu’elle devienne française. Sa statue y trône, et les Niçois l’aiment ainsi, frondeur.
1820
L’hiver 1820-1821 est si rude que les hivernants anglais, émus par les mendiants qui affluent, financent un chantier de charité : un chemin le long du rivage, pour donner du travail aux pauvres. Le « camin dei Anglés » ne fait alors que deux mètres de large. Personne n’imagine que ce sentier de bienfaisance deviendra l’une des avenues les plus célèbres du monde, celle que les Niçois appellent simplement « la Prom ».
1860
Napoléon III a aidé le Piémont à faire l’unité italienne ; en remerciement, le traité de Turin lui cède Nice et la Savoie. Un plébiscite ratifie le rattachement en avril 1860, par plus de 25 000 oui contre 160 non, un score qui fait encore débat chez les historiens. Nice change de pays sans changer d’âme : on continue d’y chanter en nissart, et le département des Alpes-Maritimes naît dans la foulée.
1860 – 1914
Le train arrive en 1864 et tout s’accélère : la reine Victoria prend ses quartiers d’hiver à Cimiez, au Régina, l’aristocratie russe se fait bâtir la plus grande cathédrale orthodoxe hors de Russie, et le Negresco ouvre en 1913 avec son dôme rose. Sur la mer se dressait même un casino sur pilotis, la Jetée-Promenade, palais oriental démonté pendant la guerre pour récupérer son métal. Nice était alors, littéralement, l’hiver de l’Europe.
1928
À dix-neuf ans, sur la plage de Nice, il joue avec deux amis à se partager le monde : Arman prend la terre, Claude Pascal les mots, et Yves Klein choisit le ciel, qu’il dira avoir signé ce jour-là comme sa première œuvre. Tout Klein est dans cette anecdote. Le bleu profond qu’il déposera plus tard, l’International Klein Blue, c’est ce ciel niçois devenu couleur. Le MAMAC, à Nice, lui consacre l’une de ses plus belles salles.
1940
Le prix Nobel de littérature 2008 est né à Nice pendant la guerre, dans une famille aux racines mauriciennes et bretonnes. La ville traverse ses livres en filigrane, des collines à la mer, et il a raconté son enfance niçoise, les pénuries de l’Occupation, la lumière retrouvée. La preuve que Nice n’inspire pas que les peintres : elle écrit aussi.
1943 – 1944
Sous occupation italienne, Nice est d’abord un refuge relatif pour les Juifs ; l’arrivée des Allemands en septembre 1943 ouvre l’une des pages les plus sombres, avec des rafles d’une rare brutalité menées depuis l’hôtel Excelsior, près de la gare. La ville se libère fin août 1944, par l’insurrection de ses habitants, avant même l’arrivée des Alliés. Une plaque devant l’Excelsior entretient la mémoire ; je m’y arrête souvent en visite.
1986
Avant les gants, il y a eu les raquettes : gamin à Nice, Hugo Lloris était l’un des meilleurs jeunes tennismen de sa génération avant de choisir le but. Formé à l’OGC Nice, il y débute en professionnel, puis devient capitaine des Bleus, champion du monde 2018 et recordman des sélections en équipe de France. La preuve que les gardiens de but aussi peuvent naître face à la mer.
2021
Le 27 juillet 2021, l’UNESCO inscrit « Nice, la ville de la villégiature d’hiver de riviera » au patrimoine mondial. Ce ne sont pas seulement des monuments qui sont distingués, mais une idée : une ville façonnée pendant deux siècles par le monde entier venu y passer l’hiver, avec ses palais, ses jardins et sa Promenade. En clair, ce que raconte toute cette frise.
Aujourd’hui
« Nissa la Bella », c’est d’abord une chanson en nissart, écrite par le poète Menica Rondelly au début du XXe siècle, devenue l’hymne officieux de la ville et le chant du stade. Le nissart s’entend encore au marché, sur les enseignes, dans les fêtes. Et c’est peut-être la meilleure conclusion de cette frise : après les Grecs, Rome, la Savoie et la France, Nice est restée, obstinément, elle-même.
Pour aller plus loin
Les questions qu’on me pose en visite
Pourquoi Nice a-t-elle un caractère si italien ?
Quand Nice est-elle devenue française ?
Que veut dire « Nissa la Bella » ?
Que reste-t-il de la Nice grecque et romaine ?
Pourquoi Nice est-elle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
La suite, sur le terrain
Cette histoire se raconte mieux en marchant.
Vieux-Nice, colline du Château, Cimiez : je vous emmène là où ces 2 400 ans se lisent encore dans les pierres.