On peut visiter Nice en suivant la Promenade, le cours Saleya et la colline du Château, et c’est déjà très beau. Mais il existe une autre ville, juste à côté, que les habitants se transmettent sans jamais l’écrire : une crique au bout d’un escalier, un marché où l’on parle encore niçois, une cantine sans enseigne, un vallon humide à dix minutes du tramway. C’est ce Nice-là que je préfère.
Je vis ici à l’année, et la plupart de ces adresses, je les dois à des voisins, à de vieux clients devenus amis, et à des matins où je me suis perdu exprès. Je vous les donne dans l’ordre d’une vraie journée niçoise, du café à l’aube au dernier bain avant la nuit. Une seule prière : allez-y doucement. Ces endroits sont restés beaux parce qu’ils sont restés simples.
Le matin, là où vont vraiment les Niçois
Le cours Saleya est magnifique, mais à dix heures il appartient aux appareils photo. Le marché des Niçois, le vrai, est ailleurs : c’est le marché de la Libération, au nord du centre, autour de la vieille gare du Sud. Moins carte postale, beaucoup plus vivant. On y croise les producteurs de l’arrière-pays, les poissonniers qui crient les arrivages, les mamies qui tâtent les artichauts violets et l’accent du pays qui roule entre les étals.
Mon rituel : un café serré debout au comptoir, puis une part de socca brûlante, cette galette de farine de pois chiche qu’on cuit au feu de bois et qu’il faut manger avec les doigts, avant qu’elle ne refroidisse. À la halle gourmande de la gare du Sud, on prolonge avec un verre, et l’on a déjà compris la ville mieux qu’en trois musées. Pour emporter, je prends un pan-bagnat chez un marchand du marché : le vrai, dans un pain rond gorgé d’huile d’olive, avec thon, anchois, œuf et crudités, jamais de pommes de terre ni de mayonnaise. C’est le pique-nique parfait pour la suite de la journée.
Le conseil du guide
Venez tôt, avant neuf heures, et un mardi ou un vendredi de préférence. C’est là que les producteurs sont les plus nombreux, et que l’on échange encore quelques mots en passant. Demandez ce qui est de saison, on vous répondra toujours avec plaisir.
Les escaliers et passages que personne ne grimpe
À Nice, on quitte la foule en trois marches. Le Vieux-Nice est troué de montées et de venelles que les visiteurs ne lèvent jamais les yeux pour voir : des escaliers étroits qui filent entre les façades ocre, où sèche encore le linge et où l’on entend la ville respirer. Engagez-vous au hasard depuis la rue Droite ou la place du Jésus : vous tomberez sur une placette, une chapelle fermée, un chat, et plus personne.
Le bon plan que je donne toujours : pour monter à la colline du Château, presque tout le monde s’essouffle dans les escaliers. Or, sous la tour Bellanda, côté Rauba Capeu, il existe un ascenseur gratuit qui vous dépose en haut en trente secondes. On arrive frais au belvédère, face aux toits rouges d’un côté et à toute la Baie des Anges de l’autre, et l’on redescend à pied par les jardins. À l’aube ou juste avant le coucher du soleil, la lumière y est irréelle.
Pour les jambes plus vaillantes, je conseille de monter à Cimiez à pied plutôt qu’en bus : on traverse de vieux quartiers résidentiels, on passe sous les pins, et l’on débouche sur les arènes romaines et le monastère sans avoir croisé un seul car de tourisme.
Manger niçois, sans tomber dans le piège à touristes
La règle est simple : dans les ruelles les plus passantes du Vieux-Nice, méfiez-vous des grandes ardoises avec photos et « menu touristique ». Le vrai goût niçois se trouve dans les cantines populaires où l’on mange au coude à coude. Lou Pilha Leva, par exemple, sert socca, beignets de courgette, pichade et farcis sur de grandes tables communes, debout ou presque, pour quelques euros. C’est bruyant, c’est simple, c’est exactement ça.
Le conseil du guide
Mon test express pour repérer une vraie table niçoise : pas de photos sur la carte, une ardoise du jour qui change au gré du marché, et des habitués attablés au coude à coude. Et un indice imparable dans l’assiette : une salade niçoise avec des pommes de terre ou des haricots verts n’est pas une vraie salade niçoise.
Pour la socca, deux institutions se disputent mon cœur : Chez Pipo, près du port, qui la cuit depuis plus d’un siècle, et Chez Thérésa, dont le four à bois fume sur le cours Saleya. Pour la pissaladière, cette tarte fondante d’oignons confits, d’anchois et de petites olives, je l’achète plutôt chez un bon boulanger en début d’après-midi, quand elle sort tiède. Et l’été, on ne dîne pas vraiment : on fait l’apéro, longuement, dans une ruelle du Babazouk.
Le vin de Nice, que presque personne ne commande
Voici un secret que même beaucoup de visiteurs avertis ignorent : Nice a son vignoble, à l’intérieur même de la ville. L’AOC Bellet, sur les collines de l’ouest, est l’un des plus petits et des plus anciens vignobles de France. On y fait des blancs vifs et des rouges rares, quasi introuvables ailleurs parce que les vignes grignotent à peine quelques dizaines d’hectares cernés par les maisons. Demandez un verre de Bellet à l’apéritif : c’est la façon la plus locale de trinquer, et de loin la plus surprenante.
La visite
Et si je vous emmenais dans ce Nice-là ?
Ces adresses prennent une autre saveur quand quelqu’un vous ouvre les portes et vous raconte l’histoire derrière. Lors de ma visite privée à pied, on s’éloigne des sentiers battus à votre rythme, en français, là où je vais moi-même.
Réserver ma visite →Les coins de baignade des Niçois
Les grandes plages de galets de la Promenade, c’est bien pour la vue. Mais quand un Niçois veut vraiment se baigner, il file vers l’est, dans les criques rocheuses au-delà du port. Tout le secteur de Coco Beach et la pointe du Cap de Nice sont une succession de petits coins de rochers et d’eau claire, sans sable ni transat, où l’on s’installe sur une dalle de pierre, masque sur le front, et où l’eau est souvent la plus transparente de la ville.
La plage de la Réserve, en contrebas, et les rochers du Castel, juste sous la colline du Château, sont mes valeurs sûres.
Le conseil du guide
Trois réflexes de local pour ces criques : venez tôt le matin ou en fin de journée, car elles sont petites et se remplissent vite ; mettez de vieilles chaussures de bain, les rochers sont glissants ; et surtout, remportez tout ce que vous apportez. C’est à ce prix qu’elles restent aussi belles.
Le secret le mieux gardé : les vallons obscurs
Si je ne devais confier qu’un seul secret, ce serait celui-là. Au nord de la ville, vers Saint-Pancrace et Aspremont, se cache un monde dont la plupart des Niçois eux-mêmes ignorent l’existence : les vallons obscurs. Ce sont d’étroits canyons creusés par de petites rivières, où la végétation devient presque tropicale : fougères géantes, mousses, lierre, une fraîcheur d’un autre climat. On y marche le long de l’eau, sur d’anciennes passerelles, à quelques minutes du tramway et pourtant à mille lieues de la Promenade.
C’est une randonnée facile et ombragée, parfaite quand la ville écrase de chaleur. En montant un peu plus haut, on atteint la cascade de Gairaut, une cascade alpine étonnante alimentée par le canal qui descend de la Vésubie, avec un petit chalet en surplomb. On accède au départ des sentiers en bus depuis le centre. Emportez de l’eau, de bonnes chaussures, et le sentiment délicieux d’avoir trouvé une porte dérobée de la ville.
Pour préparer la balade sans vous perdre, gardez la carte du site sous la main : les vallons forment plusieurs branches (Lingostière, Magnan, Donaréo, Saint-Pancrace…) entre Nice et l’arrière-pays.
Le Nice insolite que les guides oublient
Quelques curiosités, en vrac, que j’aime glisser dans une journée. Au bord du Paillon, la Tête au carré de l’artiste Sacha Sosno est une immense tête d’homme habitée : ce n’est pas qu’une sculpture, on travaille à l’intérieur, ce sont des bureaux de la bibliothèque. Personne ne s’arrête, alors que c’est l’un des bâtiments les plus fous de France. Dans le même esprit, filez voir l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, au nord de la gare : un vaisseau de béton blanc aux coupoles rondes, chef-d’œuvre de l’entre-deux-guerres que les Niçois surnomment « la Meringue ». C’est elle qui ouvre cet article en photo, et presque personne ne pousse sa porte.
Le port Lympia, avec ses façades colorées et la place Île de Beauté, est le Nice qui prend son temps : on y chine chez les antiquaires et aux puces, on boit un verre face aux bateaux, loin de l’agitation du centre. Plus haut, à l’ouest, la Villa Arson, école et centre d’art contemporain au béton végétalisé, offre une architecture spectaculaire et une vue magnifique, presque toujours déserte. Et pour finir tout en douceur, montez au monastère de Cimiez : ses jardins suspendus dominent la baie, et dans le petit cimetière voisin reposent Matisse et Raoul Dufy, parmi les oliviers, à deux pas des arènes romaines vides.
Dernière curiosité, à l’autre bout de la ville : le Parc Phoenix, posé près de l’aéroport. Derrière ses grilles se cache l’une des plus grandes serres d’Europe, le « Diamant Vert » : une véritable jungle tropicale sous verre, avec ses palmiers géants, ses bassins, ses oiseaux en liberté et un petit musée des Arts asiatiques signé Kenzo Tange. Les visiteurs pressés filent vers la Promenade et l’ignorent ; les familles niçoises, elles, y passent leurs dimanches. C’est un dépaysement total à deux pas du tarmac, et une merveille les jours de pluie.
Le conseil du guide
Deux refuges pour les jours particuliers : quand il pleut, la serre tropicale du Parc Phoenix vous garde au chaud et au vert ; par beau temps, montez en fin de journée aux jardins du monastère de Cimiez, presque déserts, pour le coucher de soleil sur la baie. Deux ambiances que les visiteurs pressés ne voient jamais.
Mes habitudes de Niçois, en vrac
Mon dimanche idéal ? Je grimpe au fort du Mont Alban à l’aube par le sentier du Mont Boron, entre les pins, pour avoir Nice et la rade de Villefranche rien que pour moi. Je redescends faire le marché de la Libération, je file me baigner dans une crique du Cap, puis je termine par un verre de Bellet sur le port quand la lumière dore les façades. Rien de spectaculaire, mais c’est exactement ça, vivre ici.
Trois conseils que je donne toujours. Premièrement, levez-vous tôt : Nice n’appartient qu’à ceux qui se lèvent avec elle. Deuxièmement, parlez aux gens : un poissonnier, un caviste, une mamie sur un banc vous donneront de meilleures adresses que n’importe quel guide. Troisièmement, apprenez trois mots de niçois : un « Nissa La Bella » glissé au bon moment ouvre bien des sourires. Le reste, ce sont vos pas qui l’écriront. Voir aussi tout ce qu’il faut voir à Nice →