Ce que j’aime à Nice, c’est qu’on n’y est jamais coincé. En une demi-heure de voiture ou de train, on passe des galets de la Baie des Anges à un village accroché à sept cents mètres d’altitude, on franchit une frontière pour aller déjeuner en Italie, ou l’on grimpe skier au-dessus des nuages. Peu de villes offrent un tel terrain de jeu à leur porte.
Je vis ici toute l’année et je passe une bonne partie de mes week-ends à explorer cet arrière-pays. Voici les excursions que je préfère, classées par envie : les incontournables de la Côte d’Azur, mon top 5 des villages perchés, l’Italie en voisine, et l’hiver à la montagne. À chaque fois, je vous dis comment y aller et le petit détail que je garde pour mes visiteurs.
Les incontournables de la Côte d’Azur
Commençons par les classiques, ceux que tout le monde a en tête. Ils méritent leur réputation, et la bonne nouvelle, c’est qu’ils sont presque tous à moins d’une heure de Nice. De part et d’autre de la ville, deux mondes : à l’est, la corniche, ses villages perchés et ses palais ; à l’ouest, les cités d’art et le pays du parfum.
Vers l’est : Villefranche, Èze et Monaco
À dix minutes de Nice en train, Villefranche-sur-Mer aligne ses maisons ocre au-dessus d’une rade profonde où mouillent les yachts. Perdez-vous dans la rue Obscure, ruelle médiévale entièrement couverte qui date du XIIIᵉ siècle, puis poussez la porte de la petite chapelle Saint-Pierre, sur le port : c’est Jean Cocteau lui-même qui en a peint l’intérieur, en 1957, pour remercier les pêcheurs de l’avoir si bien accueilli.
Un peu plus haut sur la corniche, Èze est le village perché le plus photographié de la côte. Tout en haut, le Jardin Exotique déroule ses cactus et ses statues face à une vue qui plonge sur le Cap Ferrat. Le sentier qui redescend du village jusqu’à la mer porte un nom célèbre : le chemin de Nietzsche. C’est en le gravissant que le philosophe aurait imaginé une partie d’« Ainsi parlait Zarathoustra ». Je vous préviens, à la montée, on comprend vite pourquoi il avait besoin d’inspiration.
Le conseil du guide
À Èze, visez le début de matinée, avant l’arrivée des cars : le village se savoure quand les ruelles sont encore vides. Et prenez le chemin de Nietzsche dans le sens de la descente, du village vers Èze-sur-Mer : mêmes points de vue, zéro souffrance, et le train du littoral vous ramène à Nice depuis la gare, en bas.
Au bout de la corniche, Monaco tient sur deux kilomètres carrés mais en met plein la vue. Montez sur le Rocher pour la relève de la garde, tous les jours à 11 h 55 devant le Palais princier, flânez dans les ruelles du vieux Monaco, puis redescendez vers la place du Casino. Si vous venez fin mai, sachez que les rues que vous arpentez deviennent, le temps d’un week-end, le circuit du Grand Prix le plus célèbre du monde.
Le Cap Ferrat et Menton : la perle et le citron
Entre Villefranche et Beaulieu, la presqu’île du Cap Ferrat cache certaines des plus belles villas de la côte. La plus folle se visite : la Villa Ephrussi de Rothschild, palais rose bâti pour la baronne Béatrice de Rothschild, entouré de neuf jardins thématiques où les fontaines dansent en musique. Tout autour, un sentier du littoral fait le tour de la presqu’île entre pins et criques. C’est ma balade quand je veux respirer sans aller loin.
Tout à l’est, collée à l’Italie, Menton est la ville la plus chaude de France, et ça se voit : les citrons poussent en pleine rue et les jardins exotiques y sont parmi les plus beaux de la côte. Chaque hiver, en février, la ville organise sa Fête du Citron, où des sculptures géantes faites de milliers d’agrumes envahissent les jardins Biovès. C’est joyeusement kitsch, ça sent bon l’orange, et je ne m’en lasse pas.
Vers l’ouest : Saint-Paul-de-Vence, Antibes et Grasse
De l’autre côté de Nice, l’arrière-pays est le royaume des artistes. Saint-Paul-de-Vence, village fortifié aux ruelles pavées, abrite la Fondation Maeght, l’une des plus belles collections d’art moderne d’Europe, posée dans une pinède. En contrebas, l’auberge de la Colombe d’Or a sa légende : dans les années folles, Picasso, Matisse ou Léger y réglaient parfois l’addition d’une toile. Résultat, ses murs valent aujourd’hui une fortune. Marc Chagall, lui, a passé ici ses dernières années et repose dans le petit cimetière du village.
Plus loin sur la côte, Antibes et sa vieille ville close de remparts valent le détour rien que pour le musée Picasso. Installé dans le château Grimaldi, face à la mer, il occupe l’atelier que le peintre a investi à l’automne 1946 : il en est sorti une explosion de toiles solaires, dont la fameuse « Joie de vivre ». Juste à côté, le marché provençal et le Port Vauban, où s’amarrent quelques-uns des plus grands yachts d’Europe.
Et sur les hauteurs, Grasse, capitale mondiale du parfum depuis des siècles. On y visite les grandes maisons, Fragonard, Galimard, Molinard, et l’on comprend, le nez dans les fleurs, pourquoi tant de parfums célèbres sont nés ici. C’est aussi le décor du roman « Le Parfum » de Patrick Süskind, si vous l’avez lu. Quant à Cannes et sa Croisette, comptez trente minutes de train : parfait pour une fin d’après-midi.
La visite
Et si on commençait par Nice ?
Avant de partir explorer la côte, prenez le temps de comprendre la ville d’où tout rayonne. Lors de ma visite privée à pied, je vous raconte le Vieux-Nice, son histoire italienne et ses secrets : la meilleure base pour saisir tout l’arrière-pays, à votre rythme et en français.
Réserver ma visite →Mon top 5 des villages de l’arrière-pays
Maintenant, quittons la mer. Dès qu’on remonte les vallées du Paillon, du Loup ou de la Roya, le décor change : la foule disparaît, l’air fraîchit, et l’on tombe sur des villages accrochés à la roche comme des nids d’aigle. Voici mes cinq préférés, du plus accessible au plus sauvage.
1. Gourdon, le balcon sur la Méditerranée
Perché à plus de 760 mètres au-dessus des gorges du Loup, Gourdon est le village qui coupe le souffle aux visiteurs. Par temps clair, depuis sa terrasse, on embrasse d’un seul regard toute la côte, de l’Esterel au Cap Ferrat. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France, il aligne ses ateliers d’artisans autour d’un château dont les jardins furent dessinés, dit-on, par Le Nôtre, le jardinier de Versailles. C’est mon excursion préférée pour épater quelqu’un qui découvre la région : on quitte Nice et, trente minutes plus tard, on a l’impression d’être au sommet du monde.
2. Peille, le village que les touristes oublient
À l’opposé de Gourdon, Peille ne cherche pas à plaire, et c’est tout son charme. Accroché au-dessus de la vallée du Paillon, à un quart d’heure de Monaco à vol d’oiseau, ce village médiéval a gardé ses passages voûtés, ses placettes et un calme rare. Les anciens y parlent même encore le pelhasc, un dialecte local que l’on n’entend nulle part ailleurs. C’est l’endroit où je vais quand j’ai envie d’un déjeuner tranquille, sans une seule boutique de souvenirs à l’horizon.
3. Sainte-Agnès, le plus haut village littoral d’Europe
Au-dessus de Menton, Sainte-Agnès détient un record : c’est le village en bord de mer le plus haut d’Europe, à près de huit cents mètres d’altitude, et pourtant la Méditerranée est à trois kilomètres en contrebas. Le panorama sur la baie y est vertigineux. Mais le clou, c’est son fort : creusé dans la montagne dans les années 1930, c’est l’ouvrage le plus au sud de la ligne Maginot, et l’on en visite les galeries souterraines. Petit détail qui me fait toujours sourire : ce village, lui aussi classé Plus Beaux Villages de France, n’est français que depuis 1860, quand le comté de Nice a rejoint la France.
4. Saorge, le petit Tibet de la Roya
Plus loin, dans la vallée sauvage de la Roya, Saorge est le village qui m’impressionne le plus. Ses hautes maisons aux toits de lauze s’empilent en amphithéâtre au-dessus des gorges, si serrées qu’on l’a surnommé le village tibétain. Tout le bourg est classé. On y grimpe par un dédale de ruelles et d’escaliers jusqu’à un monastère franciscain orné de fresques, avec un jardin en terrasses suspendu au-dessus du vide. C’est loin (comptez un peu plus d’une heure et demie), mais c’est un autre monde. Bonne nouvelle pour ceux qui n’ont pas de voiture : le Train des Merveilles s’arrête à Fontan-Saorge, à une vingtaine de minutes de marche du village. J’y reviens plus bas.
5. Coaraze, le village du soleil
Pour finir, mon coup de cœur lumineux : Coaraze, dans la vallée du Paillon, à quarante minutes de Nice. On l’appelle le village du soleil, et ses façades sont décorées d’une douzaine de cadrans solaires signés par de grands artistes, dont Jean Cocteau. Son nom viendrait d’une vieille légende : les habitants, voulant capturer le soleil, n’auraient réussi qu’à attraper la queue d’un lézard (« coa rasa », la queue coupée). D’où l’emblème du village. Allez vérifier l’heure sur les murs, c’est une chasse au trésor à ciel ouvert.
L’Italie en voisine
Voici l’un des grands luxes de Nice : l’Italie est à quarante minutes. On y va pour un café serré, un marché ou juste pour le plaisir d’entendre parler italien le temps d’une journée. Le plus simple est de prendre le train du littoral, qui longe la côte et vous dépose de l’autre côté de la frontière sans aucun souci de stationnement.
Vintimille et son marché du vendredi
La première ville après la frontière, Vintimille (Ventimiglia), est connue pour son immense marché du vendredi, qui déroule ses étals le long de la mer. Chaque semaine, des cars entiers de Français passent la frontière pour y faire le plein de cuir, de linge et de produits italiens : c’est une vraie institution régionale. Prenez aussi le temps de monter dans la vieille ville, sur la colline, et, juste avant la frontière, ne manquez pas les jardins botaniques Hanbury, l’un des plus beaux jardins de toute la Riviera.
Le conseil du guide
Pour le marché du vendredi, oubliez la voiture : le vendredi, se garer à Vintimille relève de l’exploit. Prenez le train du littoral tôt le matin, les étals sont à deux pas de la gare et bien plus agréables avant l’arrivée de la foule, en fin de matinée.
Dolceacqua, le pont peint par Monet
En remontant un peu dans les terres, Dolceacqua est un bijou médiéval. Son vieux pont en dos d’âne, qui enjambe la rivière d’une seule arche, a tapé dans l’œil de Claude Monet en 1884 : il le peignit et le décrivit comme un bijou de légèreté. Au-dessus, les ruines du château des Doria veillent sur un dédale de ruelles. Et puisqu’on est en Ligurie, goûtez le Rossese di Dolceacqua, le vin rouge du coin que Napoléon, paraît-il, appréciait déjà.
San Remo, la Belle Époque italienne
San Remo, un peu plus loin, a des airs de cousine italienne de Nice : un grand casino de style Liberty, une élégante église orthodoxe russe (la ville accueillait elle aussi l’aristocratie russe en hiver) et, sur la colline, le vieux quartier de la Pigna, lacis de ruelles médiévales. C’est la ville des fleurs et de la chanson : chaque hiver s’y tient le célèbre Festival de Sanremo, qui a inspiré l’Eurovision. Anecdote pour briller à table : c’est ici qu’Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite et du prix qui porte son nom, a passé ses dernières années. Et si vous faites étape à Bordighera, sachez que ses palmiers ont une histoire : pendant des siècles, c’est cette petite ville qui a eu le privilège de fournir le Vatican en palmes pour Pâques, grâce à un capitaine du cru.
L’hiver : skier le matin, plage l’après-midi
Voici le tour de force dont les Niçois sont le plus fiers, et qui surprend toujours les visiteurs : ici, on peut skier le matin et se retrouver les pieds dans le sable l’après-midi. Les stations des Alpes-Maritimes sont toutes à une heure ou une heure et demie de la mer, aux portes du parc national du Mercantour. On y monte en voiture ou, l’hiver, en bus 100 % neige au départ de Nice.
Les grands domaines : Isola 2000, Auron, Valberg
Pour skier pour de vrai, trois grands domaines se partagent le haut-pays. Isola 2000, la plus haute, est ma préférée pour la neige : perchée à deux mille mètres, à une heure et demie de Nice, elle est enneigée tout l’hiver, et depuis les sommets, par beau temps, on aperçoit même la mer au loin. Auron, à côté, offre le plus grand domaine du département (environ 135 km de pistes) autour d’un vrai village de montagne, avec une chapelle romane aux fresques médiévales juste à côté des remontées. Enfin Valberg, créée en 1936, est la plus ancienne station de la Côte d’Azur, et la plus familiale.
Les petites stations, plus proches encore
Si vous voulez juste goûter à la neige sans faire trop de route, deux options. Gréolières 1400 est la station la plus proche de Nice, à seulement une heure et quart, et l’on dit que c’est l’une des rares d’où l’on peut apercevoir la Méditerranée depuis les pistes. La Colmiane, dans la vallée de la Vésubie, est petite mais a un atout de taille : l’une des plus longues tyroliennes de France, plus de deux kilomètres et demi de vol au-dessus du domaine. Et tout près, le parc Alpha, où l’on observe les loups, revenus naturellement dans le Mercantour au début des années 1990 (un retour qui fait encore débat chez les bergers du coin).
Y aller sans voiture : les plus belles lignes
Bonne nouvelle si vous n’avez pas de voiture : certaines des plus belles excursions se font en train, et pas n’importe lesquels.
Le Train des Merveilles (Nice - Tende)
C’est la ligne dont je suis le plus fier. Le Train des Merveilles relie Nice à Tende, tout au nord, en remontant les gorges de la Roya à travers 81 tunnels et une vingtaine de viaducs : un exploit d’ingénierie, classé parmi les plus belles lignes ferroviaires d’Europe. Partie au niveau de la mer, elle grimpe à plus de mille mètres. Longtemps interrompue après la tempête Alex de 2020, elle a rouvert fin 2025 après de gros travaux. De mai à octobre, un guide commente le trajet à bord du train du matin (départ de Nice à 9 h 32), le tout pour moins de dix-sept euros l’aller. C’est de loin la plus belle façon de découvrir l’arrière-pays, et elle dessert au passage des villages comme Sospel ou Saorge.
Le conseil du guide
Ma journée idéale sur cette ligne : le train commenté du matin (9 h 32, de mai à octobre), un arrêt à Fontan-Saorge pour monter déjeuner au village, puis le train suivant pour redescendre en fin d’après-midi, quand la lumière dore les gorges. Vérifiez juste les horaires du retour avant de partir : ils sont peu nombreux.
Le Train des Pignes (Nice - Digne)
Autre pépite, plus confidentielle : le Train des Pignes, petit train à voie étroite qui part de Nice et s’enfonce dans l’arrière-pays jusqu’à Digne-les-Bains, à travers gorges et villages. En été, une partie du parcours est même assurée par un authentique train à vapeur. Son nom (les « pignes », ce sont les pommes de pin) viendrait, dit la légende, du fait qu’il roulait si lentement qu’on pouvait descendre en ramasser le long de la voie.
Le train du littoral, pour l’Italie et Menton
Enfin, le plus simple de tous : le TER qui longe la côte. Pour quelques euros, il relie Nice à Menton et à l’Italie en épousant le bord de mer, avec des vues superbes et, surtout, aucun souci de stationnement à l’arrivée. C’est le moyen que je conseille toujours pour Villefranche, Èze-sur-Mer, Monaco, Menton ou Vintimille.
Comment choisir selon votre temps
Si vous n’avez qu’une journée, je reste sur la côte : la corniche jusqu’à Èze et Monaco le matin, Menton et un jardin l’après-midi. Avec deux ou trois jours, ajoutez une journée dans l’arrière-pays (Gourdon ou Coaraze, faciles depuis Nice) et une escapade en Italie un vendredi, pour le marché de Vintimille. Et si vous venez l’hiver, gardez une matinée pour la neige : c’est l’expérience la plus dépaysante, et la plus niçoise qui soit.
Quelle que soit la saison, le secret tient en un mot : partez tôt. Les villages perchés et les routes de corniche se savourent bien mieux avant l’arrivée des cars, quand la lumière est encore basse et les terrasses tranquilles. Lire mon guide complet pour visiter Nice →
Un mot, en toute transparence : je ne guide pas ces excursions moi-même, ma visite se déroule à Nice. Mais mes visiteurs repartent rarement sans idées pour la suite : pendant la balade, dites-moi vos envies (villages, Italie, montagne) et je vous aide à bâtir le reste de votre séjour, avec les mêmes adresses que je donne à mes amis.
P-H